Tabula Rasa
Morgan Landuré
ledocfolam@yahoo.frChapitre 7
Assis en face de cette décoration murale de forêt immobile. Dans cette chambre vasculaire aux volets clos, le gosse tremblant de tous ses membres. Dans son coin, une araignée l'épie de ses huit yeux, projection d'encre caméra contre l'écran géant installé en contrebas de l'avenue translucide. Les yeux de cristal noir, miroir de particules poussières de givre. Les gosses tendent leurs mains tremblotantes, quémandant quelques pièces pour apaiser la souffrance organique interne. Leurs bras parsemés d'orifices d'où s'échappent des hordes de mouches bleues, yeux facettes renvoyant l'instant de pitié qui se résorbe et disparaît dans les craquelures du masque.
Dans la solitude de la chambre aux volets clos, allongés sur un tapis de feuilles desséchées où grouille la vermine, les amants dansent la valse des adieux. La femme-serpent veille jalousement sur son objet de désir. L'effluve se retire sans cesse en arrachant des fragments de pierres à ma conscience minérale. Lentement, les eaux montantes viennent recouvrir mes membres. Comme des sangsues assoiffées, des coquillages se fixent sur ma figure impassible, sereine. Rongé par le cycle de l'eau, mon corps est devenu le refuge des crustacés et des petits poissons. Des algues, balayées par le flux des marées, se collent sur ma peau sombre et noire. Le monde silencieux est en moi. Mon cœur arrête de réchauffer ce qui n'existe déjà plus.
Les vestiges d'une civilisation qui se complaît à observer minutieusement sa destruction...
Joseph connaissait les travers de l'Antique Comédie. Se taire et ne rien laisser paraître. Jusqu'à l'anéantissement de ceux qui croyaient pouvoir contrôler les unités fractions pensée. Ceux qui prônent la finalité en justifiant les tenants. Les nova-crabesnébuleux furent de ceux-là. " Ma progéniture, méfie-toi ! "
Nous voilà seuls, dans ce désert vasculaire aux orbites creuses. Nous, pauvres amants foulant le silence des steppes irradiées. Immensités nues se découpant devant les yeux avides des vagabonds. Rocailles rugueuses déchirant les lambeaux de tissus qui enveloppaient les pieds meurtris. Le froid. Les âmes transies s'enivrent. Apaisant les brûlures des corps craquelés. La lueur boréale s'accrochait à la nuit et traçait des sillons d'écume où venaient se perdre les débris des navires échoués. Joseph, insensible, marchait. La fière assurance troublant ostensiblement les ponts suspendus de
la raison au-dessus du torrent bouillonnant de la folie. Bowels crispé par la fatigue,
la peau blanche constellée des morsures bleues-nuit du givre, le suivait péniblement. Titubant. Traînant les pieds qui soulevaient à chaque pas des nuages de cendres grises.
Le ventre noué par la faim. Marcher. Marcher encore et toujours. Estomac gémissant.
La mer de cendre parsemée de buissons aux branches sèches. Le silence de la nuit. Marcher jusqu'à ce que...
Jusqu'au dénouement.
Dont tu connaissais déjà l'issue. L'inexorable et terrifiante issue.
Le caractère XC742-Bowels-déviant ne perçut pas la dérive des sentiments confus et contradictoires. Pauvre idiot. S'étalant à perte de vue, sur ce lit des mensonges humains. La Bête dressée sur ses fuseaux d'insectes veille jalousement sur sa progéniture. Quelle étrange mascarade de sensations humaines s'étalant à perte de vue sur les sentiers boueux, les chemins de traverses. Là où les enfants-rois, jadis bâtissaient de vastes royaumes. Rien ne justifie à présent l'éradication de ces lieux. Pourtant...
Ceux que l'on nomme : "Les Veilleurs de Nuit ". Sous nos yeux ébahis, ils prirent une consistance de manne providentielle où ces hommes vigoureux venaient s'abreuver. Leur opulence se morcela en une misérable terre friable. La famine desséchant les corps. L'avilissement fanatique de la population. Des affrontements fratricides pour des querelles de pouvoir. Pour l'autorité absolue...
Après une longue et rude journée, les pêcheurs rentrent au port. La coque de leur navire renfermant dans ses flancs le fruit d'une attente interminable sur les flots houleux. Dans le ciel bleu azur, le vol des oiseaux migrateurs, luttant contre le ventfroid qui balaye le sable des dunes, annonce la fin de l'automne. Nous nous arrêtâmes aux bords de cette ville portuaire. J'ai oublié le nom de cette ville. Peu importe.
Mais je me souviens du regard de ses habitants. Trame de souvenirs imprécis. Le temps est passé depuis. Temps évanescent. Des mois, des années, des siècles peut être...
Depuis le déficit des années antérieures, la destruction du doute doit être.
- Assez Joseph! Je n'en peux plus. Arrêtons-nous, veux-tu?
- Morceau de viande plaintif! Cesse donc de geindre et de pleurer! Lève-toi! La route est longue encore. Avant de franchir le premier cercle.
- Les sillons de défécation minérale. La cendre contre nos corps. Les paupières brûlées par les griffes acérées du givre. Dans ces roches creusées par l'érosion. Les torrents de pluie s'écrasant en gerbe d'écume. Corps mutilés. Fragmentation de pierres de lave noires... Je suis las de cette comédie.
- Piètre médiocre qui se contente si justement de sa médiocrité! La comédie est déjà achevée et tu prétends encore ne pas le savoir!
- Dans ce cas, autant rester là où nous sommes à attendre que cette atroce mascarade s'arrête.
- Rien à attendre! Aucune rédemption! Aucune rémission! Aucun salut! L'évidence, insupportable assassine l'espérance. Ensemble dans ce désert de cendre, parcourant ces immenses étendues grises. Aucun puits d'eau saumâtre ne désaltérera nos gorges brûlées, nos langues gonflées, nos lèvres tuméfiées en sécheresse de sel. Le givre ravageant nos corps craquelés. La cendre rongeant nos yeux aveugles. Ames perdues.
Ames errantes. Indivisibles et liées à jamais !
Cette chose... Cette chose qui ressemble à une " atroce mascarade ". La trame invisible. Le réseau complexe de fils tissés autour de nous. Ponts suspendus entre les cimes des translucides chrysalides corporelles. Autant de nœuds inextricables qui bercent nos corps... Maintenant, prend ce qu'il te reste de médiocrité et profite de tes derniers instants. Mais laisse moi encore le temps. Juste un peu de temps.
Ecoute. Ecoute ma voix de nova-crabe nébuleux. Tu le sais mieux que quiconque, sculpture difforme. J'ai pétris et façonner ton âme. Insidieusement, je me suis répandus dans ce corps et j'en ai imprégné chaque cellule. Toi et moi, nous ne formons qu'un seul et unique être. Chacun de nous se rassasiant des substances nocives et nauséeuses qui émanent de l'autre. Moi, je suis le Mal. Le Mal absolu. Je mens et je te désobéis. Les sentiments qui t'échappent, résidus de peaux mortes qui s'effritent. Les sensations qui émanent de ton être creux, je me refuse à les ressentir et je les masque de grotesques apparats. Bête insensible, indifférente à tes cris, tes gémissements, tes pleurs délicieuses, tes supplications. L'expression, la douce expression de ton visage défiguré par la souffrance. Bourreau abominable!
Terrifiantes convulsions spasmodiques traversant ton corps en fulgurantes décharges électriques. Quelle délectation! Reniant et anéantissant ton désir d'expier tes fautes, toutes tes vaines espérances de pardon et de salut! Petit ver humain se tordant entre mes mains. Plaisir délicieux! Ma venue, désirée. Ma présence fut comme un exutoire.
Et elle devint bientôt un épouvantable fardeau. Dont tu ne pus te défaire. Malgré tes sortilèges pharmaceutiques. Recroquevillé dans mon coin, fière figure d'ébène.
Dans cette chambre vasculaire aux volets clos, l'œil sournois, je t'observais. Cellules affamées de convoitises. L'œil-caméra en position " hide and seek " enregistrant les lignes brisées et recrachant les morceaux à peine digérer des bandes magnétiques.
Opération contrôle des données informatiques. "Vous devenez plus conciliant Mr Bowels, c'est tout à votre égard... " Mais toi, avec cette conscience exacerbée, vestige des faiblesses humaines, propre aux auteurs prétentieux, lassé de cette comédie, cette farce, tu décidas, piètre lâche, de réécrire ce qui avait déjà été écrit de tes propres mains. Bafouer les règles du théâtre. Ton théâtre. Occire les différents protagonistes, les personnages de ta propre aliénation. Hélas, me voir disparaître en entier fut au-dessus de tes forces. " Oh mon chéri ne me laisse pas seul toi aussi. Reste encore un peu. Reste... "
Devant moi des êtres oubliés, au-dessus des cimes arborescentes en rondes inachevées.
Les pieds ballants dans le prolongement de la corde. Je fus dès les premières lueurs de l'aube à l'orée des forêts figées dans l'excroissance de la cloison. Le cœur lançant ses dernières sagaies, éclatant en gerbe rouge. Avant l'anéantissement qui s'étendait aux frondaisons des ronces aux épines recourbées. Le Peuple de la Forêt qui Avance, corps nus de cendres grise et de ce sang mélangé au métal lourd, se dressa face à l'agonie de l'astre. Les lèvres pompant le liquide poisseux. Ingurgitant le poison. Besoin de cette dose.
Pour apaiser les enchevêtrements sinueux des canalisations souterraines. Afin que s'accomplisse les rites ancestraux de ces peuples-rois. Les lits asséchés des rivières noyées des brumes. Morsures bleues-sombres du temps. Des hommes à moitié mangés par la pierre. Les visages sculptés, figures figées. Masques creux. Des hommes jetés dans d'immenses trous béants, afin de calmer la colère des dieux affamés réclamant leur part. Des hommes sacrifiés sur des stèles de pierre d'obsidienne.
Le poignard plongeant dans les entrailles. Nœuds de serpents qui s'agitent.
Sifflements dans la pénombre. Juste le murmure du vent, soufflant dans le lit asséché, balayant les pierres recouvertes de mousse jaune. L'enfantement dans la souffrance.
" Vous dîtes que nos dieux ne sont pas de vrais dieux. Voilà des propos incohérents qui nous troublent et nous inquiètent. "
Or la grande machinerie de ces cités magnétiques, berceau des civilisations oubliées, ne pouvait se maintenir et perdurer qu'en étant alimentée en permanence par le sang des hommes. Ainsi parlaient les Anciens. Des prêtres entièrement nus, le corps arthropode lacéré de racines siphomycète mycélium. Le visage recouvert du placenta des orgies bacchanales de la Haute. Se faisant face. Vomissant les excréments hérissés de poils et de spermes. Et les disposant dans l'infini de l'âme afin que leur dieu, Taelquami, vienne en recueillir le retentissement. La Masse Sexuelle fut conduite au centre du cercle. Dans son regard de bête prostrée, gémissante, l'évanescence de ces corps nus. Corps d'enfants au contact des vulves sangsues voraces insatiables. Viscosités le long de la chevelure visqueuse. Lambeaux de chairs, lèvres tuméfiées. Corps suspendus dans l'aubépines. Là où s'écoule les élytres frémissants martelant le fer. Des humanoïdes-scarabées exhumant des cadavres dans les lointaines plaines de Cerska. Vestiges du mensonge humain...
Alors, les prêtres humanoïdes-scarabées s'avancèrent vers la Masse Sexuelle en psalmodiant des incantations, brandissant leurs poignards de métal noir dont l'éclat miroitant de la lame, sous les dernières braises de l'astre disparaissant dans la ligne de l'horizon, vrillait les cavités creuses oculaires de la bête aveugle, foudroyée de terreur. Et, dans l'unité fraction de seconde, s'abattant lourdement, les poignards lacérèrent la chair. Et, ordonnés en un geste méticuleux, mécanique, frappant violemment, les poignards déchirèrent les entrailles palpitantes. Des empires célestes, les odeurs organiques du Monstre Pieuvre, là où se terrent les assassins de came-nova. De l'intérieur des canalisations saturées, on peut entendre les frondaisons des édifices en ruines.
Machine endormie souillée de détritus enveloppant de ses membranes les canalisations souterraines. La puanteur froide des profondeurs...
Transpercée d'éclats noirs, la Masse Sexuelle se contorsionna dans d'affreuses gesticulations désordonnées, s'affaissa sur le flanc avant d'expirer dans un râle.
Le sang jaillissant par saccades. Cohue rassemblée en cercle autour de la bête.
Grossiers bourdonnements d'instruments archaïques. Des masses fluides flottant entre les arborescences des forêts figées que caressèrent les embruns, fleurs d'algues marines. Les enchevêtrements des branches aux épines recourbées. Des cris. Les enfants sautant dans les flammes. Des foules en liesses. Autour du nœud- scolopendres, brandissant les poignards ensanglantés. Des chants accompagnés de tambours d'os scandant les rythmes mécaniques se mélangeant aux rires et aux danses. Les prêtres-coléoptères, murmures d'eau contre la roche, dévorèrent la carcasse. Leurs mandibules acérées s'entrechoquant. S'enivrèrent du breuvage poisseux. Bruits de succions. La langue léchant les perforations. Arraché de sa gangue thoracique, le cœur, brandit comme une offrande aux dieux anciens, fut brûlé dans les braises.
Volutes de chair consumée dansant dans les cieux assombris de nuages bas. Sur la terre de poussière, le cadavre mutilé aux ossements apparents. Dans les profondeurs des canalisations noyées de came et de merde-nova, ces faciès pourris se murent lentement.
Et parmi ces visages de rouille, quelques-uns ne nous furent pas inconnus...
L'enfant-monstre déchira les lambeaux ce cette peau malade qui, dans la fraîcheur matinale d'un automne, vol d'oiseaux migrateurs, se dissipa dans les aspérités des roches d'obsidienne. Les prêtres se couvrirent le visage et les membres de cenre et de sang. Et, s'élevant dans la torpeur des ténèbres, un murmure rauque d'une singularité grinçante. L'odeur se rapprocha. Pénétrant le corps des prêtres.
Le peuple de la forêt , masse unicellulaire, fut flagellée par une bouffée de nuit, par un souffle monté des caveaux d'une humanité abolie et qui vint montrer sa face ici. Une face peinte. Une figure ricanante et sans merci. Sans merci parce que la justice qu'elle apporta n'était pas de ce monde-ci ... Du corps morcelé, démembrement sanglant de la bête, des vapeurs sulfureuses lilacées, émergèrent. Et sous les vapeurs une flamme, une flamme immense. Et cette flamme immense bouillit.
Elle bouillit avec un bruit inouï. Son intérieur se remplit d'astres, de corpuscules incandescents, qui comme les soldats d'une armée en guerre se jetèrent l'un sur l'autre en éclatant. Il y eut aux confins du bruit et du néant, un intense piétinement. Rythme scandé d'une armée en marche, ou le galop d'une charge affolée. Et l'on perçut à l'horizon, comme un cheval emporté qui s'avança avec un homme dessus... Là, où par dessus le néant, s'élisait le bruit des grandes cloches au vent, le déchirement des canons de marine, l'aboiement des vagues dans les tempêtes des autants...
L'Ombre aux frondaisons des édifices en ruines déployant la Horde Silencieuse.
La peau haletante de croûte terrestre craquelée. Regard cendre-rouge foudroyant.
Le vent, chargé des poussières de cendre, tordant sa chevelure végétale en enchevêtrements sinueux. Les crocs saillants des articulations avides, insatiables, grincements sinistres épouvantables. Les étendues de roches volcaniques. L'étreinte de mains fortes, fusions moléculaires. Bruits horribles d'os et de crânes écrasés. L'enchevêtrement des cadavres. quelques-uns ne nous étaient pas inconnus...
Alors, la créature monstrueuse ouvrit sa gueule béante. Et là, dans les anfractuosités de la gorge minérale, grouillait le nœud de serpent s'agitant furieusement. Et ses hurlements déchirèrent les méandres de la nuit. Bête immonde, dressée sur ses fuseaux d'insectes, haranguant la masse unicellulaire. Acclamée par des foules en liesses. De cadavres camés au métal lourd. Portée aux nues par des nuées de bras décharnés. Râles s'échappant de ces bouches noires. Foulant au pied les champs de ces corps jaunes à peine éclos dans la lumière éclatante de ce printemps malade. Le vent froid soulevant des nuages de poussières sulfureuses annonçait le fléau que j'étais. Ecoutez! Peuple ignorant ! La Prophétie! La Divine Prophétie! Voilà ce que je vous apporte! La Mort! Et je danse à votre déclin!...
Regarde ! Je suis tel que tu m'as créer!
Né du chaos et de l'anéantissement.
Né avec un corps tourmenté, truqué comme l'immensité des hautes montagnes de givre. Je suis ce désert de cendre, terre aride et froide. Terre de désolation, résidu de ton cerveau malade, noyé de came-nova, qui scelle à jamais ton châtiment!
Bowels, indifférent, se coucha sur le tapis de cendre. Le corps blottit contre une pierre grise.
- Le temps est devenu trop vieux pour l'être. Il ne peut plus nous supporter... Depuis le déficit des années antérieures, la destruction du doute doit être.
Terrifiante quiétude, émanant de ce désert de cendre, troublée par des considérations humaines. Une singulière douleur organique... Une mosaïque d'immensités morcelées, de mondes-océans assoiffés. De frontières sinueuses aux cicatrices profondes.
Douloureuses éternités des séquelles de sécheresse...
Et voilà ce que je suis devenue! Un damné!
Un apatride! Un simple mortel! Un maudit!
Et voilà ma punition!
Regardez-le!
Cet être humain, Bowels, petit morveux de métal lourd. Petite chose endormie, recroquevillée, frêle fœtus blottis contre son abris de pierres et d'herbes sèches. Les grondements des vagues bercent l'esquif éventré sur la mer des possibles. Houle sauvage transpercée des cris d'oiseaux marins. Des méandres de la mémoire fracturée, aucun souvenir ne vient troubler le sommeil. Les humanoïdes-scarabées, le vieux Mc Coil, l'Inca dans sa boîte vasculaire, le vieil homme aux pieds de glaise... La procession des corps déformés par l'Oubli. Le temps ronge les noms gravés sur les sépultures de ceux qui n'eurent qu'une existence effacée...
Ventre affamé. Guetter, immobile, la moindre trace de vie. Apercevoir enfin la nourriture se faufilant entre les pierres de lave encore brûlantes. Arrêt de l'œil-caméra. Focalisation de la rétine. Dans l'anfractuosité sombre de la roche, la proie tapie attend. La main pénétrant dans la fissure. Les morsures de pierres déchirent la peau.
Apparition de petites plaies rouges insignifiantes. Extirper la manne. Plainte à peine perceptible du morceau de viande gesticulant entre les doigts. Derniers sursauts de vie avant ingestion. La mâchoire s'écrase sur le frêle corps squelettique. Les sucs salivaires dissolvent la proie amère. Piètre consolation qui ne parvient pas à calmer la faim qui tenaille le ventre. Devoir se contenter de... Peu de choses comestibles... Corps affaiblit... Pensée desséchée... L'attente, insupportable, désagrège la patience...
Bientôt, l'errance prendra fin...
Les limbes du sommeil recouvriront mon corps du voile d'Orphée.
Mais l'esprit doit veiller. En toute éternité...
To Tabula Rasa by Morgan Landuré : Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6 Chapitre 7
Back to Inter-zone.org
To Joseph by Morgan Landuré